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L'OURS & LE TULIPIER : L'intégral.

L'OURS ET LE TULIPIER", texte original déposé,écrit d'après l'oeuvre et la correspondance de Gustave Flaubert.
Pour en lire l'intégralité, aller dans "Archives" puis "Août 2008" et enfin "O4/08/08". puis "Article suivant" au bas de chaque page.

PhY de Pont

 IN GOD WE "TRUST"

Mots-clés :



Le peuple américain s’est rassemblé pour mettre Barak Obama à sa tête, à la Maison Blanche. 
C’est bien pour la communauté noire, pour les communautés noires du monde entier, pour les communautés en général qui se prennent à penser qu’avec persévérance, l’inimaginable pourra désormais se produire. 

En élisant Obama, ils ont redonné au peuple noir sa fierté et une certaine forme d’espoir qu’il mérite. Reste à espérer qu’au-delà de la couleur de la peau de leur prochain président, ils ont placé à la tête du pays le plus compétent des dirigeants, celui qui leur offrira la possibilité d’élever la grande nation à la place qu’elle a amplement perdue depuis une décennie.
Depuis tout petit, j’ai toujours pensé que les américains des Etats Unis étaient les descendants d’une expédition d’extras terrestres venus sur terre pour fuir les exactions des intégristes de leur propre planète située, selon mes calculs, dans la constellation Bé5H32 du Verseau.
Car ils sont vraiment incroyables ces américains ; ils savent monter à cheval en tirant des coups de pistolet et en zigzaguant entre des troupeaux de bisons en furie, ils peuvent cracher à 4 mètres dans un récipient de cuivre placé au pied d'un comptoir. Dans certains des états de leur belle nation, on ne peut pas jeter vingt pierres en l’air sans qu’elles ne retombent chacune sur une église de confession différente. Que les chapelles poussent comme des jardineries, avec à leur tête des pasteurs en forme de vendeurs de voitures. Qu’il ne se passe pas une journée sans que les agents du FBI ou des Forces Spéciales pénètrent dans nos salons par l’intermédiaire de nos petits écrans plats et que le drapeau des Confédérés flotte toujours sur de nombreux bourgs des états du sud...
Dans mon imaginaire de petit garçon, les Américains étaient tous des mutants jouant en permanence dans des films ou des séries de télévision. Ils conduisent en discutant avec les passagers sans jamais regarder la route, leurs voitures merveilleuses, en forme d'aéronefs et longues comme des jours sans pain peuvent faire crisser leurs pneus aussi bien en prenant un virage un peu serré qu’en faisant un simple créneau dans une avenue dégagée. 

Les américains savent en permanence où ils se trouvent, géographiquement parlant. Ils ne se déplacent pas à gauche ou à droite, comme vous et moi, mais toujours vers l’un des quatre points cardinaux. Vous faites tourner un américain sur lui-même pendant vingt cinq minutes, les yeux bandés dans une tour de 130 étages, vous le libérez brusquement et vous partez en courant, il saura parfaitement où il se trouve et vous l’entendrez annoncer sans hésiter que la sortie se trouve au nord et que vous venez de vous échapper vers l’ouest. Ils possèdent un véritable don, ils ont, comme les pigeons voyageurs, une boussole magnétique dans la cervelle. 

Les Américains connaissent par cœur des pans entiers de la bible, peuvent retrouver la phrase exacte dans le verset, le psaume la ligne, le mot qui convient..  Vous prenez n’importe quel pousseur de vaches dans le Wyoming, vous lui dites : « Lève-toi, viens au milieu. » Il vous répondra illico : - Evangile de Marc, chapitre 3-3… Vous n’en revenez pas, vous vous grattez le menton, dubitatif, et bien reprenez l’expérience et lâchez froidement, l’air de rien : « Mais avec quoi saler, si même le sel est dessalé ? » Mathieu chapitre 5-13 vous assènera t’il en vous crachant sur le bout des bottes. Ah ! Je vous l’avais bien dit.
Etranges, ils comptent sur les doigts de leur main en commençant par l'auriculaire et j'ai essayé, franchement c'est moins facile.Plus fort encore, Ils sont parfaitement capables de retrouver le nom d’un poète natif du fin fond de l’Idao rien qu’en entendant le début d’un quart de vers bredouillé dans la pénombre d’une cave sordide, surtout les flics des sections criminelles.. Fortiches !
Capables du meilleur et du pire, il influence d’une façon ou d’une autre le reste et la planète, inventant tous les jours et simultanément la maladie et le remède, chapeau ! Ou plutôt Stetson…
Allez, souhaitons bonne chance au sénateur de l’Illinois Barak Hussein Obama magnifique 44è président des Etats Unis. 

Capitale de l'Etat de l'Illinois : Springfield. Méfions nous quand même c'est là qu'habite l'incroyable Homer Simpson.

EDIT : Bien entendu, comme Tilly vous aurez rectifié : Barack et non Barak. C'est comme si on avait écrit Faubert (épicier, rue Richelieu) au lieu de Flaubert.

PhY de Pont

 Philosophie de pacotille...



Si parfois on gagnerait à ne pas mettre un pied en dehors du lit, certains matins, il fait quand même bon se lever, je vous le garantis. Ce matin là en fut l’une des plus belles des démonstrations.
Un petit objet qui me tient particulièrement à cœur, profitant de mon lever, venait de se glisser sous mon lit. Ce dernier est très large et récupérer la chose semblait à priori plus compliqué qu’il n’y paraissait d’autant plus qu’une blessure au genou, certes bénigne, venait compliquer l’opération. Au réveil j’avais oublié ce genou meurtris, la nuit et le sommeil constituant, comme chacun le sait, un cocktail à haute teneur réparatrice. Poser brusquement ce genou à terre pour tenter la récupération de l’objet précieux me tira donc inévitablement des hurlements aigus. A cet instant précis de réflexion, plusieurs éléments vinrent embouteiller les rayonnages cintrés de mes circonvolutions mentales et matinales. J’imaginais d’abord avec une stupidité confondante le sort que devait connaître les malheureux des temps révolus, précambrien, Moyen-Âge, Révolution, XIXè siècle, lesquels affublés d’une telle blessure, et en absence de tout antiseptique, se voyaient irrémédiablement et à plus ou moins longue échéance, voués à une douloureuse amputation. Saisissant par l’un de ses coins l’oreiller qui se trouvait à ma portée, je le glissais sous mon genou valide pour éviter la froideur et la rudesse du plancher puis me penchant vers le sol, la jambe blessée maladroitement tendue vers l’arrière, je constatais une nouvelle fois, glissant un regard sous ma couche, l’incroyable distance qui me séparait de mon but. J’étais là, tendu comme un élastique, dans la position du caméléon qui surveille sa proie, arque bouté, agrippé à sa brindille, l’œil rivé sur la cible lointaine. Etait-ce l’afflux du sang dans mon cerveau, l’irrigation soudaine de mes petits neurones ensommeillés, il y eu comme une illumination, une révélation ; plus près de nous, très près de nous, loin des hommes de Neandertal, loin des chevaliers teutoniques, de nos arrières arrières grands parents du XIXe, des poilus de la grande guerre, il y avait là, dans les pays les plus démunis, dans les bidonvilles d’Haïti, de Manille, de Jakarta, dans les taudis du Caire, les karyanes de Fez, dans les favelas de Rio ou de Sao Paulo, dans les Bustee de Bombay ou de Calcutta,  les poblas de Santiago ou sous les ponts des autoroutes de nos grandes agglomérations, ici, dans notre bel hexagone, des dizaines, des centaines, surement des milliers d’enfants, de femmes et d’hommes vivant dans le dénudement le plus total, l’insalubrité la plus insupportable, la plus extrême pauvreté et l’isolement absolu. Je me méprisais d’avoir d’abord pensé à nos aïeux lointains plutôt qu’à ces humains misérables et oubliés. Nos hommes d’état sont en dessous de tout, notre société ne mérite pas ce nom et nous ne valons guères mieux si rien n’est organisé pour que cesse cette effrayante réalité.
On commémore aujourd’hui la disparition de millions de soldats ayant pour rien donné leur vie dans des circonstances inhumaines, on réunit à grand renfort de communication des assemblées exceptionnelles pour voler au secours des industriels, des banquiers, des bourses de toute la planète et on confie à un secrétaire d’état dépouillé de toute cassette et de toute crédibilité le sort de milliers de sans abris. On rebaptise précarité la pauvreté, moins mélodramatique, on badigeonne de produits chimiques les poubelles de nos supermarchés afin que personne ne puisse s’y approvisionner… Quel grand pays.
Je me suis relevé depuis, ayant récupéré mon « précieux » à l’aide d’une babouche jeté avec maîtrise et précision, là encore, la différence criante entre l’homme et la bête s’étant majestueusement manifestée, enfin certains oiseaux se servent de brindilles pour extirper la larve charnue de son écorce et des colonies de fourmis élèvent des moucherons comme le paysan du Larzac des moutons.
A chaque pensée sa contradiction.

 De l'extensibilité du Paradis.

Certains matins sont plus élastiques que d'autres.



Vercingétorix est mort, Louis XVI a perdu la tête, le dernier Condé est tombé dans le fossé.
Louise Michel est morte.
Anne Frank est morte toute jeune et pas en très bonne santé.
Maurice Chevalier a quitté le devant de la scène, Molière s’est effondré sur son fauteuil, qui n’était pas encore un Voltaire.
Petit, j’avais tous les disques de Marcel Amont mais tout comme les 45 tours, la vie tourne. Marcel Amont est mort.
Gustave Flaubert est mort, la moustache tombante mais je participe avec modestie à son immortalité.
George Brassens a cassé sa pipe et plein d’autres fumeurs de pipe comme lui.
Des millions de poilus et autant d’allemands se sont fait casser la gueule, à Verdun, peu importe où d’ailleurs, maintenant on est copains comme cochon.
On est mort de la peste noire au Moyen âge, de la lèpre, de la rage, du choléra, de la vérole, petite et grande, de la tuberculose, j’en oublie, et peut-être même du rhume des foins.
Guillaume Depardieu est mort écorché vif et aussi d’une pneumonie.
Coluche est mort d’un accident de la route. Celui-là, tout le monde regrette aujourd’hui qu’il soit mort, surtout maintenant qu’il est mort. 
Ramsès II est mort, pourtant on n’y croyait plus tellement il avait enterré de ses contemporains.
Des milliers de romains et autant de carthaginois se sont éventrés, fracassés, égorgés, décapités, démembrés consciencieusement durant les guerres puniques.
Un jeune homme est mort, jeté dans une rivière par une bande de connards désoeuvrés qui voulaient simplement, au départ, lui voler son skate.
4 millions d’esclaves ont été libérés, si on peut dire, grâce à la mort de 60 000 soldats, Nordistes et Confédérés confondus.
Saddam Hussein est mort... Bon.
Sœur Emmanuelle est morte, quand on sait ce qu’est un bidonville, on imagine celui du Caire ! On dit aujourd’hui que c’est une icône. J’ai entendu dire la même chose de Jacques Mesrine pas plus tard que ce matin et on en disait autant de Raspoutine Alors c’est quoi une icône ?
Ma grand-mère est morte aussi, il y a très longtemps. Nous l’appelions  Mémé Colombe parce qu’elle avait les cheveux blancs et qu’elle était toute douce, mais rien n’y a fait, doux ou pas tu y passes quand même.
Voici déjà, à l’arrachée, en quelques lignes d’un catalogue qui pourrait faire des dizaines de volumes, plusieurs centaines de milliers de morts.
A part Mémé Colombe, qui s’est envolée, les autres m’inspirent, si ce n’est un chagrin irrationnel, au moins une pensée complaisante, que parce qu’ils ressemblent à des gens qui me sont proches. Guillaume Depardieu me fait penser au fils un peu perdu de vue, Coluche à des potes partis trop vite, Flaubert à ma table de nuit, sœur Emmanuelle à Mémé Colombe. Mais Chevalier, Brassens, Vercingétorix, et les milliards de milliards d’êtres humains qui constituent le terreau, l’humus de notre sous-sol, je n’en n’ai rien à foutre ou plus modérément peu m’importe.
Depuis la nuit des temps, depuis même avant qu’on ait idée du temps qui passe, des gens meurent sur notre belle planète, mais c’est bien foutu, ce qui est mort anonyme est absorbé, englouti, par la nature, par la décomposition, dévoré par d’autres organismes dont c’est le rôle et qui ne perdent rien pour attendre, ce qui est mort célèbre, connu ou révélé, est aussitôt enrubanné, exposé, confit ou statufié par l’histoire.
L’histoire ne serait alors que l’inventaire des morts qui ont du mal à être dissipés, des durs à cuire.
Autour de chaque être qui disparaît, il y a de longs coups de poignards dans le cœur d’un tout petit nombre,  il y a ensuite  le petit cercle de ses proches, amis famille, qui le pleure, plus ou moins brièvement, ça aussi, c’est bien foutu ; la mémoire, quand elle efface tout lentement les souvenirs les plus douloureux, ne laissant plus, en définitive dans la gorge qu’une nébuleuse amertume. Les ondes de ce cercle d’affliction se dispersent, diluant avec leur progression la tristesse commune. Et la proximité avec le cher disparu, ne s’avère pas être non plus un gage de déchirement supérieure, il y a des exemples, et réciproquement.
Je ne sais simplement pas si je suis normal, si cette froideur incontestable est l’écho courant d’un détachement ressenti par tout un chacun ou à contrario l’exceptionnelle manifestation d’un mépris isolé. Auquel cas je prendrai les dispositions qui s’imposeront.
 
Pour ce qui est de l’extensibilité du paradis ...

[EDIT: Une source bien informée m'indique que Marcel Amont va beaucoup mieux ]
 
PhY de Pont

 L'OURS Pages 70 à 72

Dernières lignes et Fin

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Gustave :
- Pauvre mère, je crevais de trouille de la laisser à Croisset, je pensais qu'elle n'y survivrait pas. Partir, l'abandonner là, a été un déchirement atroce, nécessaire mais atroce, mais le pire, a été au retour, de lire tous les reproches que ses yeux formulaient. Je peux te dire, ce ne fut pas un moment vraiment réjouissant.
Suzanne :
- Quand je pense, cette distance, toutes ces lieues à travers les dangers, faut croire qu'il vous en a fallu du courage pour toutes ces décisions et ces aventures. Et ces gens étranges, et tout ce sable dans vos déserts ! Moi j'aurais fondu sous cette chaleur ! Mais des merveilles, ça vous avez dû en voir.
Gustave :
- Tu peux le dire ! Je me demande, en fin de compte si l'aventure ne se résume pas uniquement au voyage, avec tous les sacrifices liés à l'absence. Quelques fois il suffit de respirer l'odeur de la boite qui a renfermé le haschisch pour en ressentir les effets, les émotions. En consommer est superflu. Du moins j'ai cru ça jusqu'à ce fameux matin plein de soleil, quand notre pilote, sous son turban blanc, aveuglant, nous amena dans la passe d'Alexandrie, et le premier chameau que j'ai apperçu sur la terre d'Egypte. J'étais ébloui, comme un esquimau pourrait l'être en regardant une vache. Et cette fille somptueuse, magnifique qui avançait sur le quai avec une grâce incomparable et ses pendants d'oreille, elle était comme un palmier chargé de dattes, frêle et majestueux à la fois.
Suzanne :
- Voilà, vous avez uncore une histoire toute prête pour vos écritures. Je pourrais lire vos contes à Julie, quand elle sera rentrée, comme ça on saura tout de votre vie.
Gustave :
- Julie faisait déjà une belle commère, maintenant vous ferez la paire. Ainsi il te plairait de tout savoir ? Tu voudrais vibrer par procuration, au risque de rester sur le seuil de la passion. Tu veux profiter sans craindre, sans souffrir. Tiens, peut-être voudrais-tu également jouir sans aimer, sans prendre ni donner, simplement par l'opération du saint Esprit et,  je ne sais pas pourquoi, mais quelque chose me dit qu'aujourd'hui, le saint Esprit, c'est moi.
Suzanne devient rouge comme une pomme.
- Faut pas vous emballer comme ça, vous inventez !
Gustave :
- Ne t'offusque pas, crois moi ou pas, ça me flatte. Tu as raison, l'histoire de ma vie est prête, elle se repose en ce moment des fatigues du voyage et des lumières trop fortes dans des lettres, quelque part à l'ombre, dans la poussière de vieux cartons. Parfois je me demande si il ne serait pas mieux de tout brûler.
Suzanne :
- Ben sûrement pas, vous virez fou ou quoi ?
Gustave :
- Je me demande jusqu'où tu serais capable d'entendre le récit de mes frasques sans avoir envie de me repousser, sans préférer abandonner de peur de déplaire à tes convictions. Et moi ? Jusqu'où pourrais-je te raconter sans commencer à mentir, pour t'impressionner ? Mon histoire, je la modèle à chaque fois et à chaque fois d'une manière différente, à la mesure exacte de mon auditoire, pour le troubler jusqu'aux tréfonds. Je me prends pour un miroir surnaturel, qui ne restituerait que l'image idéale, celle qui plaît, qui touche, qui flatte. Mais sacrebleu, à quoi rime cette conversation, ou plutôt ce monologue. Tu me lances des petites phrases innocentes et moi je tombe dans le panneau, je rentre en moi et te découvre ma doublure comme je le ferai avec un ami de 50 ans.
Gustave va lentement vers son grand sofa, tout recouvert de coussins et de tissus d'orient.
Gustave :

- Allez, assez raconté ! Je vais m'installer dans les cuisses de ma vieille et fidèle ottomane, elle au moins ne m'a jamais déçu, ni trompé. Viens près de moi, je veux te voir de plus près. S'il te plait, approche aussi ma pipe et le tabac.
Suzanne :
- Il n'est pas temps de fumer. Vous feriez mieux de vous reposer, un couple d'heures au moins. Depuis ce matin je n'ai pas eu le temps d'avancer, regardez ce fourbi, cette poussière, j'ai de quoi faire. Et il faut du bois.
Gustave :
- On s'en fout de ton bois. Approche te dis-je. Aime autant que je l'ai fait et tu verras, à la fin du compte, tes envies seront trop permanentes, trop intenses pour qu'elles se résument simplement à des besoins de baisades. Tu es si jeune. Je ne renie pas mes culbutes, je ne me suis jamais laissé dégoûté après le plaisir et si la mousse a poussé sur les édifices de mon coeur sitôt qu'ils étaient bâtis, il m'a fallu du temps pour qu'ils tombent en ruine et certains subsistent toujours. Reste un muse chère Suzanne, reste un inspiratrice, car même totalement revêche, la muse donne moins de chagrin que la femme.

Suzanne s'approche enfin de Gustave, elle est au-dessus de son visage, elle tamponne son front et sa bouche avec un mouchoir blanc.

Gustave :
- Comme tu es belle, je voudrais te caresser, toi aussi, toi surtout, mais je craindrais trop de t'érafler la peau de mes vieilles mains, et de rayer ton vernis laiteux, si translucide. Je crois qu'il va falloir que tu t'apprêtes  à me soutenir encore un peu. Pour une fois, je voudrais que quelqu'un d'autre que moi prenne ma tête dans ses propres mains. Je suis étourdi mais de t'inquiète pas. Je sens que je vais avoir encore une de ces syncopes. Si cela m'arrive encore aujourd'hui, c'est heureux que ce soit là, près de toi, si lumineuse dans ma pénombre. Ca aurait été bien embêtant demain dans le train. Décidemment, je n'aime pas les trains. Je repense à toi père, être tué par un Prussien en plein Rouen ! Il faudrait avoir la force d'en rire. Aime autant que je l'ai fait.
Suzanne :
- C'est très bien d'aimer, mais il y a la douceur aussi, et tous les sentiments paisibles qui font du bien. sI vous saviez comme je tremble quand vous approchez, comme mon coeur s'emballe. Je me dis comme ça que vous allez me faire des reproches, vos sales réflexions, et si vous ne les dites pas, je les imagine, je les invente, je me fais du mal toute seule. Et pis il y a des jours là, où vous restez dans vos feuilles et dans vos livres, où vous ne dites rien, et c'est pire encore, c'est comme d'être transparente. On se sent mal quand on est invisible vous savez. Et il y a aussi les fois où vous me regardez avec gentillesse, vous parlez doucement, de vos histoires, de vos souvenirs, sans dire de méchanceté. Alors ça me transporte, j'ai dans la poitrine, là-dedans, des bouffées de bonheur.

Gustave s'est endormi depuis quelques minutes. Suzanne le recouvre d'une couverture et embrasse un des coussins avant de le lui glisser sous la tête.

Suzanne :
- Dormez cher homme. Et vivez encore un peu auprès de moi, avant que le temps vous rattrape.


FIN

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L'Ours & le tuliper, texte original déposé d'après l'oeuvre et la correspondance de Gustave Flaubert.
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